
J'avais récemment face à moi un groupe de « coqs gaulois » travaillant pour une entreprise américaine, coqs qui avaient besoin de comprendre leurs chefs américains, « aigles des grands espaces ». C'est en effet un grand défi de vouloir communiquer entre espèces d'oiseau si différentes, mais c’est un défi tout à fait abordable, même dans le cadre d'une seule journée de formation. Néanmoins, si l’on dispose de si peu de temps, il faut savoir aller toute suite à « la question centrale »...
Les spécialistes de l'interculturel évoquent trois différents niveaux de culture : le concret (ce que la personne porte comme vêtements, ce qu'elle écoute comme musique, ce qu'elle mange,…) le comportemental (le langage verbal et non-verbal, les comportements des individus, le système éducatif, la structure familiale, l'organisation de la société, …) et le symbolique (valeurs, rites, coutumes, spiritualité, …).
Généralement quand je pose aux stagiaires la question suivante : « Par quel niveau vous définiriez-vous le plus en tant que français ? » la réponse est : « Par le niveau symbolique ». Il est vrai que même si l’on répond « Par le concret – je pense au foie gras ! » on peut voir qu’on glisse très vite dans le deuxième niveau, puisqu'il y a tout un comportement qui accompagne ce niveau concret : on ne mange pas son foie gras sur un mauvais pain de mie tout seul devant la télévision : même une tolosano-américaine sait cela ! Ce qui nous conduit donc tout de suite au troisième niveau – symbolique - puisque l’on peut aisément constater qu'il y a des valeurs autour du foie gras : la valeur du terroir, la valeur d'une culture historiquement agraire, la valeur du partage, la valeur du repas, la valeur de la famille.
Lorsque je pose alors aux stagiaires la question : « Par quel niveau jugez-vous l'étranger ? » ceux-ci voient très clairement qu'ils ont porté un jugement sur les deux premiers niveaux, sans se pencher sur le niveau symbolique...
Revenons donc à cette idée de « question centrale » : je suis convaincue que le « salut », dans la rencontre entre cultures, est justement de s'intéresser à ce niveau symbolique, sans lequel on reste dans le monde superficiel des stéréotypes et des recettes destinées à les combattre.
Dans mes stages, je présente donc ce niveau symbolique, ce qui revient à présenter les valeurs des deux cultures pour essayer de mettre du sens derrière des comportements qui peuvent agacer et qui posent le plus souvent problème : « Pourquoi plongent-ils dans le travail sans prendre le temps d'établir la confiance ? Que signifie « à l'heure » ? Quel est le but de la réunion ? On peut partager les informations cruciales avec qui et de quelle façon ? Quelle conséquence aura un engagement manqué ? Pourquoi crient-ils comme cela ? Pourquoi ne s'intéressent-ils pas plus à l'analyse ou au coté technique ? D'où vient ce pessimisme ? D'où vient cet optimisme ? Que signifie « teamwork » ? Jusqu'où peut-on prendre des risques ? Comment doit-on considérer le client ? Comment perçoit-on la hiérarchie ? Pourquoi sont-ils meilleurs en management que nous ? »
L'intelligence symbolique s'avère être une des clés majeures de la relation interculturelle réussie ; concomitamment, la pratique de la rencontre interculturelle est un des éléments générant le développement d’une intelligence symbolique qui sera fort utile au manager...